Jour 4 : Þórsmörk – Emstrur (10 août)
La warden avait des chaussettes Quechua
Emstrur, le 10 août 2010
- 6+16km
- +560/-330
Réveil au clairon à 5h50. J’ai dû tomber 500 fois des crêtes cette nuit. Philippe est à coté de moi. Ben est à coté de Philippe. Les islandaises ne sont pas à coté de Ben.
C’est toujours sympa de se lever en faisant du bruit quand les couche tard ne se sont pas gênés la veille. Même que dès fois on tousse beaucoup le matin et que « oups », la porte nous a glissé des mains et qu’on est vraiment désolé qu’elle ait claqué si fort.
Il fait 5° dehors mais il fait beau. Emprunt (définitif) de thé à nos amis les goinfres, petit déjeuner en vitesse, et en route.
On traverse la Krossá (la rivière de la vallée de Thorsmork, le trajet est ici pour ceux qui ont décroché, à partir de demain promis je poste des cartes) par les ponts pour passer sur l’autre rive et visiter Langidalur (ne cherchez pas, ce n’est pas une contrepétrie), un autre refuge de Thorsmork dont tout le monde dit qu’il est mieux que celui de Basar. Bon, on est pas resté des plombes, mais ça ne me parait pas mériter 3 étoiles au michelin non plus.
Nous décidons de ne pas prendre le sentier vers Emstrur d’ici, mais de monter au Valahnukur d’abord. J’ai la forme, je mets les gaz pour arriver en haut. Je ferais moins le fier ce soir en arrivant à Emstrur. La vue est terrible. Pas un nuage à part ceux fabriqués par l’Eyjafjallajökull dont on distingue le bord du cratère, vallée de Thorsmork, la Markarfljot que nous allons longer aujourd’hui, le Myrdalsjokull, Hattfell, la totale.
(innovation : le panoramique ! Avant de cliquer, il vaut mieux passer en plein écran (touche F11 ?); déplacez ensuite l’image avec la souris; soyez patient, c’est gros…)
Descente sur Assa et sa source chaude. Elle est minuscule et bétonnée, on poursuit jusqu’au refuge à quelques mêtres. Opération cartes postales et café. On traine 1h30. L’endroit est plutôt sympa. S’il faut choisir entre les trois refuges, celui là a ma préférence.
Ils vendent aussi des cartes. Tiens, la même que celle que m’a vendu le warden hier, mais 300 Kr de moins…
En route vers Emstrur. Emiliana Torrini m’accompagnera aujourd’hui.
Paysage très habituel au début. Des arbres, de l’herbe. Ça ne va pas durer. Moment crucial : le premier gué arrive. On se savait pas vraiment où serait le premier, mais dans l’imaginaire de quelqu’un qui part marcher en Islande, les gués sont un peu les hydres du voyage (le « boss » du niveau 1 Islande, je traduis pour mes enfants). Si l’on a un peu trop traîné sur le blog de BigFoot, ça en devient presque angoissant. On connait la théorie (faut défaire la ceinture du sac à dos, traverser là ou la rivière est la plus large, …) mais on ne cracherait pas sur le tuyau ultime : où est le meilleur endroit pour traverser celle-ci ?
Par chance, deux promeneuses arrivent. Mais elles ne nous seront d’aucune utilité puisqu’elles ne l’ont pas traversée et que Ben ne les drague pas. On évalue donc la situation depuis la colline. Je chausse les Waldies (des copies de Crocs®©™) et en avant. Sans surprise, c’est froid.
Mi-cuisses pour cette fois. Ce sera le plus gros gué de tout le Laugavegur (trek Thorsmork-Landmannalaugar), mais on verra pire après (oui, pire que mi-cuisses, vous voyez le truc arriver). On a de la chance, il fait 17° dehors, un grand soleil, on sèche vite.
Le paysage devient rapidement plus « Islandais ». Nous longeons le canyon de la Markarfljot, et ça tourne légèrement au désertique, mais le paysage aux alentours reste très verdoyant. Nous voyons Hattfell au loin, montagne que nous n’atteindrons que le lendemain, et toujours l’Eyjaflallajökull.
(Avant de cliquer, il vaut mieux passer en plein écran (touche F11 ?); déplacez ensuite l’image avec la souris; soyez patient, c’est gros…)
Ben est claqué, il boite comme un éclopé : problème de genou. Évidemment, il refuse qu’on le déleste d’une partie de son sac. Fierté Wallone, quand tu nous tiens ! Pause thé/café/soupe histoire de reprendre des forces.
Avant de remballer, je lui pique discrètement les deux cartouche de gaz et la popote, histoire de le délester de presque 2kg. Pas la peine qu’il s’explose de suite, je compte bien lui fourguer une partie de mon barda bientôt, alors il faut le garder en forme !
Nous reprenons le sentier. A droite, Mófell et Rjúpnafell, deux montagnes, masquent un peu le Mýrdalsjökull et sur la gauche, un autre glacier, le Tindfjallajökull surplombe une drôle de montagne en forme de scarabée rhinocéros.
Je commence à trouver l’étape longue malgré le paysage et je commence à fatiguer. Le sentier tourne ensuite franchement sur la droite, en direction d’une langue glaciaire du Mýrdalsjökull (l’Entujökull). C’est signe que nous sommes proches, j’attendais impatiemment ce virage. Il est temps que cette étape se termine, Ben a visiblement très mal. Dans les descentes, on le croirait « échappé » d’un hôpital gériatrique, il ne lui manque plus que le cadre.
Nous rejoignons un français, muni de son appareil photo. Pas très loquace, mais je ne sais pas encore que c’est une chance. On en reparlera le jour 6.
Traversée de la Fremri-Emstruá en passant sur une vire puis un pont. Ça ne se perçoit pas forcément sur la vidéo mais c’est assez impressionnant. Ce n’est pas un pont népalais non plus, mais la rivière est assez furieuse, et la perspective d’un bain forcé dedans n’est vraiment pas engageante.
(vous pouvez passer d’une vidéo à l’autre en cliquant sur la petite flèche verticale)
Enfin à Emstrur ! Cette étape, je le ressentirai vraiment comme la plus longue, alors que d’un point de vue strictement kilométrique, il n’en est rien. Pourtant j’ai consommé la moitié de la nourriture du sac, il est donc plus léger. Je n’ai pas vraiment d’explication.
Arrivée au refuge. Nous prenons possession de nos lits après avoir discuté 10 minutes pour savoir qui dormait avec qui (lits superposés doubles). On ne change pas une équipe qui gagne, donc je partage le lit avec mon partenaire de tente : Ben.
Ça parle presque exclusivement Français. Il y a un groupe attablé qui devise sur « comment j’ai répondu à tel appel d’offres ». C’est bizarre de venir si loin pour parler d’un truc aussi soporifique quand même; c’ est encore plus étrange de venir d’aussi loin pour écouter un truc aussi chiant avec le sourire. La politesse a ses limites tout de même. La tente finalement, ça a du bon.
Nous retrouvons notre couple Austro-Suisse rencontré au camping de Skogar le premier jour.
Je vais discuter avec Kristina, la warden de la méteo à venir. Apparemment, demain ça se présente bien pour ceux qui vont vers le nord. Décidément, nous avons le fondement cerclé de pâtes italiennes (comme expliqué plus haut, mes enfants me lisent peut-être). Tiens, elle a des chaussettes Quechua (oui, j’imagine que le titre a tué un peu le suspens), c’est plutôt inattendu. Elle m’explique que les chaussettes viennent d’une randonneuse qui les a oubliées. Elle les a donc récupérées, s’y trouve très bien dedans et ne s’en sépare plus.
Quelques autres questions notamment sur le trajet de demain. Dans chaque refuge du Laugavegur, il y a une carte murale qui présente la prochaine étape vers le nord et le sud. Celle là montre deux chemins possibles pour rallier Alftavatn, notre étape de demain. La warden me dit que le deuxième chemin n’est pas tracé et peste qu’il soit noté sur la carte vu qu’il est paumatoire. On discute aussi de la faille de lave et elle me déconseille d’y aller, trop dangereux. Je l’interroge enfin sur le trajet le plus incertain pour nous : Landmannalaugar – Strutslaug. Elle me dit que la rivière à traverser (la Jokulgil) est quand même coriace, et me conseille d’en parler au ranger de Landmannalaugar.
Elle me parait un peu trop prudente, mais elle à l’air de savoir de quoi elle parle. Je note le nom du ranger pour le passer à la question à Landmannalaugar.
Vu les discussions passionnantes qui emplissent le refuge en version française et la foule qui s’y presse, nous jouons les sociopathes et installons notre réchaud sur la terrasse malgré la température qui est bien retombée et le petit vent frais. Mais c’est une position hautement stratégique pour surveiller la file d’attente de la douche, qui doit compter 5 ou 6 personnes.
A 22h30, la douche est libre. Banco j’en profite et je fais un brin de lessive.
Au retour, il fait une chaleur à crever dans le refuge, je vais encore transpirer dans le duvet. Le refuge est plein, mais ça ne ronfle pas trop. Tant mieux, les boules quiès sont trop loin.
Les photos du jour :
















