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Jour 3 : Fimmvörðuháls – Þórsmörk (9 août, 12+5 km)

Un warden peut en cacher un autre
Refuge de Basar, Thorsmork, le 9 août

  • 12+5km
  • -800

Levé à 5h30. Tout le monde dort encore. Temps magnifique, soleil, pas de vent, 7° dehors, clément compte tenu de l’altitude (1000m) et de la latitude. Je prends la doudoune pour aller promener un peu.

Eyjafjallajökull a une petite toux au réveil

Eyjafjallajökull a une petite toux au réveil

L’Eyjafjallajökull crachote encore de petits nuages de fumée, mais ils sont bien plus visibles grâce au temps calme. La vallée de Thorsmork est envahie de nuages, mais au dessus, le regard porte loin : Hattfell, fumerolles de Hraftinusker. La lumière est encore géniale. Tant pis pour les dormeurs.

Petite balade avant le petit dèj

Petite balade avant le petit dèj

Philippe arrive rapidement. C’est pas son genre de traîner au lit. On marche une paire de kilomètres en direction du volcan.

Lever de soleil sur l'Eyjaf

Lever de soleil sur l'Eyjaf

Petit dèj en terrasse au retour, ça doit faire baver ceux qui ont connu cet endroit dans le blizzard et la neige.

Départ vers Thorsmork à 8h45. Le sentier, retracé depuis l’éruption de Fimmvörðuháls qui en mars a précédé celle de l’Eyjafjallajokull passe à 100 mètres du volcan, au milieu des laves qu’il a régurgité. Au moment de cette l’éruption (en fontaine de lave), les Islandais se sont précipités pour venir assister au spectacle. Résultat, grâce aux webcams, on pouvait voir des embouteillages à Fimmvörðuháls ! Avec Philippe on en croyait pas nos yeux en regardant les webcams. C’est pas forcément évident à imaginer, mais quand on a vu le coin, c’est vraiment incroyable d’avoir autant de bagnoles (bon, les 4×4 islandais sont quand même monstrueux) monter ici. Au final, les secours estiment que 100 000 personnes sont venu voir, ce qui représente quasiment 1/3 de la population. Il faut relativiser : tout ceux à qui j’ai parlé et qui l’ont vu y sont moins allés deux fois. Bien sûr, quasiment personne n’a parlé de cette éruption en France parce qu’elle n’a cloué aucun avion au sol, n’a tué personne (directement) et qu’aucun Rom ne campait à coté.

Le sentier passe dans la lave "fraîche"

Le sentier passe dans la lave

L’air ambiant prend rapidement quelques degrés, et le sol est tellement brûlant par endroits qu’il est impossible d’y laisser la main dessus.

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Nous apprendrons plus tard que nous sommes passés sans la voir près d’une faille dans laquelle on pouvait observer la lave rougeoyante. Argh. 6000km et rater ça, vraiment, c’est indigne.

Lave (?) rougeoyante (photo : Julie)

Lave (?) rougeoyante (photo : Merci Julie !)

La descente vers Thorsmork continue avec parfois un peu de brume. Dans la brume justement, nous croiserons une famille qui monte, suivie quelques minutes plus tard par un des enfants qui devait avoir à peine 12 ans et que l’on réoriente vers le bon chemin. Un peu gonflé quand même de larguer ses gosses dans la brume ici…

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Le temps est toujours très clément. Tant mieux, car il y a quand même quelques passages un peu exposés à la descente. Le même trajet avec du vent, du brouillard et de la pluie doit être une toute autre aventure.

Arrivée au refuge de Basar, à Thorsmork. Douche froide vivifiante. Je n’avais pas le coeur à payer mes 400 Kr. pour la douche, d’autant que le warden est particulièrement antipathique. C’est d’autant plus flagrant qu’Uve (Uwe ? Uheuueuh ?), le warden de Fimmvörðuháls, était très accueillant.

Coffee time

Coffee time

Un troupeau de français, probablement des Terre d’Av’ ou Allibert, débarque à grand bruit et décharge des caisses de bouffe sous notre nez pendant que l’on sirote le café de Philippe. C’est un classique. Tous les refuges accessibles en 4×4 (c’est à dire… tous les refuges) sont régulièrement envahis par des hordes de gens accompagnés de tonnes de bouffe qu’il se baffrent avec une bière ou un canon pendant que vous êtes au régime lyo/eau plate.

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Ah bravo, j’ai oublié mon thé à Fimmvörðuháls. Bon, café. Demain, vu que je me lève en général en premier, je taperais deux trois sachets de thé au groupe. J’ai pas été élevé comme ça mais nécessité fait loi ! Et trimbaler 500kg de bouffe sous le nez de trois affamés relève de l’incitation au crime.

On retrouve Julie et Guillaume, rencontrés à Fimmvörðuháls. Près du volcan, Julie a laissé sa veste par terre pour aller voir la fameuse faille. A son retour, la veste était partiellement carbonisée. Encore une excuse sournoise de fille pour se racheter une veste neuve (NDLR : j’apprends que la bougresse s’est fait offrir un superbe poncho Islandais en remplacement).

Sky ! My Quechua !

Sky ! My Quechua !

Évidemment, nous sommes un peu déçus d’avoir raté le spectacle de la faille, et nous commençons a échafauder des plans B, C, D… pour revenir ici et remonter la voir.

Incident technique : Ben n’arrive plus à charger son portable. Dire que j’ai laissé le mien à Reykjavik pour m’alléger… on va peut être devoir se passer d’appels à nos femmes. Le temps d’échafauder deux trois plans machiavéliques pour pousser Ben dans la faille en représailles, il a trouvé une solution (vous le verrez au fil des articles, Ben a toujours une solution astucieuse à tous les problèmes) : il va le faire charger dans la guérite du sympathique warden. Espérons que ça marche. Depuis deux jours, on croise pas mal de couples, c’est agaçant, je passerais bien un coup de fil à Virginie.

Demain nous allons essayer de nous lever tôt, histoire de devancer la foule au petit dèj. J’achète une carte du coin au warden au cas ou l’on revienne pour la faille.

Balade digestive au Rettarfell et à Innra-Basárskarð (ha ben oui j’ai la carte maintenant, je frime). Les rochers composent un bestiaire surprenant : éléphant, singe, chien, iguane, frères Bogdanoff. Véridique, on n’avait pas encore rencontré les petits champignons qui font rigoler (patience, les champi c’est dans l’épisode 15). Philippe a des photos, je les mets dès que je peux, les voici :

L'éléphant

L'éléphant

 

Le macacque

Le macacque

Au retour, le téléphone est chargé, mais l’attraction est ailleurs. L’œil exercé de Ben a repéré deux charmantes Islandaises qui faisaient un barbecue devant le refuge. Mais notre attention se porte plus sur le barbecue que sur les cuisinières. En effet, le barbecue Islandais (pour quatre filets de poisson) est composé comme suit : 2 litres d’un dérivé du pétrole quelconque (alcool, diésel, kérosène, tant que ça brule avec de la fumée c’est bon), et 12 kilos de charbon. Charbon de bois ? Que nenni, y’a pas d’arbres en Islande ! Du charbon de mine ! Oui, les trucs ronds là, qui ressemblent à des grosses madeleines, et qui puent le gasoil quand ils brûlent. Donc si un jour vous êtes invité à un BBQ islandais, pas de panique la croute noire autour du poisson ce n’est pas la panure qui a brulé, c’est juste les résidus de combustion.

Nullement rebuté par l’empreinte carbone des deux jeunes filles, Ben nous affirme que ce soir, il étendra son duvet à coté des islandaises. En effet, quand je monte au dortoir, son duvet est en position. Bon, je vais dormir, je mets les boules quiès au cas ou il conclue, et je les enfonce bien au cas ou il conclue avec les deux.

Je précise pour la compagne de Philippe qu’il a dormi à coté de moi (et qu’il n’a pas conclu).

Les photos du jour :

01

09 2010

Jour 2 : Skógar – Fimmvörðuháls (8 août)

Perfide Albion
Thórsmörk, le 9 août 2010

  • 12km
  • +970

 

La nuit permet tant bien que mal de récupérer de celle de la veille. A chaque réveil nocturne, j’ai l’impression que c’est le matin. La clarté est omniprésente, et pourtant, nous sommes en aout. Au réveil, 7° dehors, 15° « dedans ». La cascade a blanchi. Moins de fonte de neige et de glace la nuit, donc probablement moins de cendres aussi.

Petit dèj et départ après un pliage de tente sous la pluie. Philippe se mouche en clignant de l’œil (pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est un double signe de stress chez lui, Philippe déteste plier sa tente sous la pluie, c’est un gros facteur d’angoisse, mais il suit une thérapie spéciale à ce sujet). Pour se détendre, il compte les marches du sentier qui monte le long de la cascade (qui a dit « RainMan » ??). 374. Je le note. On ne sait jamais, ça peut servir dans un blog.

Le paysage croule déjà sous la cendre volcanique. Et encore, on a rien vu. La montée vers Fimmvörðuháls, c’est une succession de cascades au milieu de la verdure cendrée.

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(vous pouvez passer d’une vidéo à l’autre en cliquant sur la petite flèche verticale)

Au bout de 3 heures, Ben a un coup de pompe. Étonnant, c’est le sportif de l’équipe et nous sommes toujours debout. Le manque de bière ? Déficit de moules frites ? Perspective d’une scission Flandres/Wallonie ? Aurait-il aperçu Albert II à la gay pride sur un char avec un string à pompons ?

A fond la forme

A fond la forme

En tout cas, il se couche par terre régulièrement en posant son sac et en poussant des râles déchirants, que même la vision d’Albert II à la gay pride ne saurait expliquer. Bon, il faut dire que Ben, il pèse même pas trois fois son sac, donc forcément, ça fait un choc de changer de poids si vite (moi je m’entraine à chaque Noël exprès). En plus le sac est mal chargé : le lourd en bas, le léger en haut, alors qu’il faut faire le contraire. Je lui dis, mais il me demande tout de suite des explications techniques. Et le, j’ai beau réfléchir, mais je ne vois pas (par contre j’ai testé et oui, il faut le lourd en haut, pas de doute là dessus). Alors, à cours d’idées, je sors l’argument massue pour couper court à toute discussion et je déclame d’une voix grave et péremptoire : « Ben, ceux qui savent font cela ».

Arrivée au refuge de Baldvinsskalli. Nous avons un doute : est-ce « le » refuge de Fimmvörðuháls où pas ? On regarde à l’intérieur, c’est vraiment crade, poisseux, plein d’humidité et l’entrée est remplie de poubelles. D’ici on aperçoit bien un autre refuge plus haut sur la crête, mais on a l’impression d’y voir à travers, comme si c’était une ruine. Je savais qu’il y en avait deux, mais je n’ai pas pris la peine de regarder si c’était le premier ou le second. Pleins d’espoir, nous reprenons la route en direction du deuxième.

Formations de cendre sur la neige

Formations de cendre sur la neige

La cendre crachée par l’Eyjafjalajokull, déposée sur la neige a empêché celle-ci de fondre. Mais la chaleur créée des petits puits à la surface et dessine des milliers de petits cratères dans le paysage.

Petit névé, petit mais pénible

Petit névé, petit mais pénible

Traversée d’un petit névé chiant et arrivée au vrai refuge à 15h30. Ben est HS. On lui prend son sac de force pour les derniers 100m (oui c’est pas beaucoup mais faut pas pousser quand même).

Fimmvörðuhálsskali

Fimmvörðuhálsskali

Uve (Uwe ? Huheu ?), le warden du refuge, nous accueille chaleureusement. Le refuge se remplit petit à petit. Nous faisons connaissance d’un couple, Julie et Guillaume qui vont aussi à Thorsmork. Nous les y retrouverons le lendemain.

Voila, c’est l’heure de vérité : que sont donc ces « special conditions WC » ? Le suspens est à son comble et j’interroge le gardien.

Me : « What are the special conditions WC the website talks about ? »
Uwe : « Well, you have two toilets, one for peeing and on for the poop, and you have to spread the parts. »

Mmmhh, le seul truc que je retiens vraiment (je viens juste de rattaquer l’anglais là) c’est « and you have to spread the parts », en français « vous devez éparpiller les morceaux ». Waah, je me vois d’ici, courant dans le vent sur la crête en « spreadant the parts », perspective pas super engageante surtout qu’il y a pas mal de vent ce soir. Donc pour être sûr avant de passer pour un psychopathe auprès des autres hôtes du refuge, je vais quand même vérifier sur place.
En fait il y a deux cuvettes, une pour le pipi, et une autre pour le popo. Soulagement. En fait, par « spread the parts », il entendait séparer les composants dans les toilettes appropriées. Comme ils stockent tout dans des « caca box » (nom officiel) qu’ils descendent dans la vallée au printemps en motoneige, il séparent l’urine pour éviter la fermentation des containers.
Pas besoin donc de battre la campagne en jetant ses excréments aux quatre vents.
D’ailleurs, une théorie circule prétendant que l’Eyafjallajökull n’était pas une éruption volcanique, mais une cacabox mal triée de Fimmvorduhals. A vérifier tout de même.

Sans transition, repas copieux (impossible de finir la tajine lyophilisée), suivi d’une petite balade au soleil couchant, sous une lumière incroyable. L’Eyjafjallajökull crachote quelques nuages de fumée à peine visibles.

Le refuge au couchant

Le refuge au couchant

Au retour, il fait très chaud dans le refuge à cause de la cuisine. Ça ne va pas être simple de dormir dans un duvet -10° par cette température…
Opération tarot avec Julie et Guillaume. Philippe débute mais s’en sort plutôt pas mal.

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Le gîte est maintenant envahi par une troupe d’anglais. J’entends au passage le prénom d’une membre du groupe : Mary. Retenez le aussi ça aura son importance pour la suite. Philippe récupère son lit tant bien que mal (un anglais était assis dessus pour manger) et direction le lit. Un des anglais du groupe conte ses nombreux exploits, tandis que ses auditeurs se gavent de crème anglaise sous nôtre nez. Perfide Albion. Boules quiès.

Les photos du jour :

PS : Si vous tenez à essayer de prononcer Fimmvörðuháls, Wikipédia peut vous aider.

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08 2010