La préparation de la préparation…
Camarades Lagopèdes, je vous ai trahi. Oui, j’ai fait une escapade dans le Ventoux en amont de notre petite sortie.
Ca ne se fait pas, je sais, mais je n’ai pas pu résister.
Parking aux Fébriers à 7h30. Pas de vent, il doit faire zéro. Je pars avec la polaire mais elle finit rapidement dans le sac. Je monte au dessus de Counillon, si mes souvenirs sont bons, c’est le « Chemin du facteur ». Les facteurs d’antan avaient de bonnes jambes quand même…
En passant, je farfouille un peu pour trouver la fontaine de Serrette. Pas très dur, il y a deux cairns sur la gauche du chemin. Un petit sentier sous les chênes verts et on entend le bruit de l’eau rapidement. C’est assez étonnant dans le massif d’ailleurs. A part Fontfiole, les sources c’est plutôt du goutte à goute inaudible. Visiblement je ne suis pas leur seul à chercher de l’eau, vu la quantité de poils sur le sentier qui mène à la fontaine.
Je m’attends à trouver de la neige à 1200m, vu qu’un petit grain est passé hier sur le flanc sud et que c’était l’altitude de l’isotherme 0°. En fait, quelques plaques de vieille neige sont visibles dès le jas des Landerots, à 1000m.
La visibilité est extraordinaire. On voit l’ensemble des alpilles, le lubéron, le mont Aigoual à 135km, le plateau de Sault enneigé.
Et voila, j’arrive au début « du » Baumasson. Dans mon souvenir d’il y a 20 ans, c’est un ogre mangeur de jambes qui transforme les pauvres randonneurs en hommes troncs. Un sentier qui file droit dans la pente, comme tous ceux du versant sud, mais avec une pente à 30%.
Au final, c’est bien moins terrible que dans mon souvenir. Probablement que la douleur de l’époque m’avait été plus infligée par ce couple de randonneurs qui auraient pu être mes grands parents et qui m’avait doublé dans la montée sans avoir l’air de forcer, alors que j’étais au bord de l’agonie.
Depuis le début du Baumasson, tout est blanc. Je n’ai pas mes raquettes, mais la neige est dure. Des prédécesseurs ont eu moins de chance. Leurs empreintes s’enfoncent jusqu’a 80 cm parfois, ce qui laissé entrevoir un bon mètre de neige ici, à 1500m sur le versant sud, vraiment incroyable. Je suivrai leur trace jusqu’a 1700m d’altitude, ils ont du en baver avec de la neige jusqu’au genouilles…
Arrivé à la piste, je choisis de ne pas la suivre jusqu’au jas des pèlerins, comme prévu. Je préfère continuer derrière les traces qui traversent la piste et passent près d’un cairn, en montant dans la pente sous les sapins.
Mais voila, la neige est un peu moins dure, et je commence aussi à m’enfoncer profondément dans ce bon mètre d’épaisseur. La pente est raide, la croute de glace refuse parfois de supporter mon poids…Après 150m de dénivellée de ce traitement un peu rude, je me dis que le Baumasson finalement, ce n’est pas si terrible et décide de ne plus suivre ces traces qui me guident depuis le jas de Baumasson, et qui virent un peu trop à l’ouest à mon goût. Visiblement, son auteur était à la descente, ce qui a du soulager un peu la difficulté du chemin, mais quand même… J’espère que la couverture de survie entrevue dans le jas n’était pas à lui.
Direction nord-est. Ca monte très raide, la neige est très dûre. Il faut planter la pointe des chaussures dans la pente pour ne pas glisser. Le vent commence à souffler, tout est blanc… je m’attendrais presque à croiser des sternes arctiques et des rennes…
Traces de skis, de raquettes, je n’ai croisé personne depuis le départ mais visiblement il y a du passage. Je suivrai la trace de raquettes jusqu’à la chapelle.
A la chapelle, ambiance grand nord : elle est complètement prise dans la neige et le givre, le vent est furieux à l’approche de la crête. A l’intérieur, la neige touche le plafond à coté de la porte. Pour compléter le tableau, ski de rando et pulka sont posés à l’entrée de la chapelle !
Le propriétaire habite à Beaumes de Venise. Ca doit être le seul vauclusien propriétaire d’une pulka ! Ils me proposent un thé, mais bon, je n’ai pas amené le réchaud pour être léger, accepter ça serait tricher un peu.
Je me mets en route pour redescendre. Le passage de cirrus dans la matinée et les erreurs constamment à la hausse de mon altimètre confirment les prévisions météo qui annoncent la pluie pour la fin d’après midi. La visibilité n’est d’ailleurs pas au niveau de ce que j’espérais en montant.
Pour la descente, je choisis la facilité, pour éviter de trop galérer dans la neige profonde. Combe Fiole, jas de la Couanche, combe d’Ansis et les Fébriers.
C’est le trajet que l’on empruntera fin Mars pour monter à la Frache via le sommet. Ca a déja l’air long à la descente. Arrivée à la voiture à 16h sous les premières gouttes, avec les gros orteils un peu chaud. J’ai beau avoir fait 300 bornes avec ces chaussures, c’est pas encore ça. Je dois avoir les pieds mal foutus…












