Jour 6 : Álftavatn – Hraftinnusker – Landmannalaugar (12 août)
Landmannalaugar Circus
Landmannalaugar, le 12 août 2010
- 12+12km
- D+700/D-680
- la carte du jour
Réveil à 6h, 4° dehors. Après le petit déjeuner, nous commençons à faire nos sacs. Comme le contenu d’un sac de randonneur, ainsi que ses fringues sont essentiellement faits de matière plastique, ça fait du bruit. Une des gardiennes de stalag descend de son étage pour engueuler Ben et lui rappeler que ce n’est pas l’heure de faire du bruit. Ici, en Islande, les « heures de bruit autorisé » sont 7h00 – minuit. Pas l’idéal pour partir tôt…
En l’espèce, ce n’est pas nous qui avons commencé à faire du bruit, mais la doyenne de leur groupe qui a fait tomber la poignée de la porte (métal) par terre (parquet). Vous imaginez le coup de tonnerre que cela peut produire dans une demeure complètement silencieuse. A sa décharge, elle n’est plus en possession de tous ses moyens. Rien à voir avec le Mouton Cadet, puisque ce sont les cheftaines qui l’ont bu.
Nous finissons nos sacs dehors, en faisant tout passer par la fenêtre, afin d’éviter de créer un incident diplomatique. Mais maintenant, nous faisons du bruit sous les fenêtres qui donnent vers l’extérieur, et qui sont généralement laissées ouvertes par leurs occupants pour limiter la condensation et rafraîchir les chambres surchauffées.
Le ciel est bas, nous n’aurons sûrement pas le panorama grandiose d’hier.
Départ à 7h30. Le gars rencontré avant d’arriver à Emstrur est parti 1/2 heure avant nous, mais nous le rejoignons au premier gué pendant qu’il se rhabille. Il a quitté ses chaussures, mais nous sommes plus débrouillards et trouvons un endroit qui nous permet le passage à pied sec.
Erreur stratégique, car il se joindra à nous et ne nous quittera plus jusqu’à Landmannalaugar. Il est plutôt sympa, mais il a juste un problème : il parle sans arrêt. Il me fera le récit de ses treks en Roumanie, en Écosse, dans les Pyrénées, en Roumanie, en Écosse, dans les Pyrénées, Roumanie, en Écosse, et dans les Pyrénées. J’ai beau demander de l’aide à mes deux compagnons pour qu’ils aillent écouter un peu à ma place, rien à faire : « C’est toi le chargé des relations publiques ! ». Ah les salauds ! Ne connaissant pas son prénom, nous l’appellerons entre-nous « le roumain ». Étrange comme la hazard nous fait rejoindre la palpitante actualité française du moment, qui nous était pourtant inconnue (vous ne pouvez pas imaginer comme ça fait du bien…).
J’ai tout de même droit à une conversation (oui, vous savez le truc ou l’on parle à deux). En gros, il me dit « qu’en Islande c’est mieux qu’en France, parce qu’en France y’a des vaches dans les parcs et que ça attire les mouches et que ça pue ». Là, je l’observe attentivement, histoire de voir s’il me fait passer un test pour vérifier que je suis bien à l’écoute. Non, il a l’air vraiment sérieux. J’essaye d’argumenter en expliquant que les parcs ne sont pas des zoos, et qu’il y a des gens qui vivent dedans et qui parfois ont l’outrecuidance d’élever du bétail pour vivre.
Bon, ça se tasse, mais quelques minutes plus tard « En France, c’est mieux qu’en Islande, parce que les refuges dans les parcs sont ravitaillés à dos d’homme et de mulet ». Là, je commence à regarder s’il n’a pas les pupilles dilatées ou un peu de bave à la commissure des lèvres. Rien, il a l’air sérieux, probablement un effet secondaire méconnu des solfatares. Bon, il tombe mal, le dernier livre que j’ai lu avant de partir était « Une année en haut, chronique d’un refuge ordinaire », qui raconte une tranche de vie du refuge des Oulettes de Gaube, dans le Parc National des Pyrénées. On y explique avec pas mal de détails comment le refuge est ravitaillé en début de saison par quelques rotations d’hélicoptère, histoire d’y amener les 10 tonnes de nourriture qui seront nécessaires pour nourrir et abreuver les milliers de visiteurs qui y passeront.
J’essaye de lui expliquer qu’il a peut être une vision un peu romantique des choses, mais bon, je n’insiste pas et passe, après une ruse, en mode MP3.
La montée depuis Alftavatn est assez rude, et se poursuit par des grimpettes et des descentes incessantes qui cassent le rythme, et s’ajoutent au compteur des dénivelées.
Le temps est toujours bouché. Cela ne nous empêche pas de voir les solfatares en allant à Hraftinnusker. C’est la première fois que je sens une odeur dans le pays. Pas de pollution, végétation pauvre, l’odorat ici est en pause. Ces brusques effluves déclencheront des envies d’œuf qui ne me lâcheront que lorsqu’elles seront assouvies. C’est paradoxal, vu que l’odeur souffrée des solfatares n’est pas vraiment celle d’un oeuf de première fraicheur…
Grimpette à travers un champ d’obsidienne pour faire une pause à Hraftinnusker. Ambiance glauque avec la brume.
Le refuge est assez spartiate. WCs style Fimmvörðuháls (mais le « tri sélectif » ne semble pas nécessaire ici). Opération soupe dans le froid et le vent. Notre nouveau compagnon de route se baffre sévèrement. Il nous sort un réchaud de sa construction à base de canettes de Coca (un PRS pour les initiés) et de couvercle de pot de confiture.
A l’allumage, son truc fait des flammes monstrueuses, et fait fuir tout le monde dans un rayon de 2 mètres; au bout d’une minute, plus rien. Ça chauffe bien, mais pas longtemps. Au final, on aura un peu pitié quand même et on lui fera bouillir de l’eau.
On rencontre à cette occasion un allemand sympa, mais visiblement désespéré par ses camarades qui pioncent tous les jours jusqu’à midi, alors qu’ils se couchent à 22 heures. Il est quand même beau joueur, puisqu’il leur prépare leur petit déjeuner alors que les deux compères émergent péniblement de leur duvet.
Les grimpettes continuent après Hraftinnusker, nous entamons des travaux d’intérêt général en replantant un piquet de marquage tombé (et déplacé), qui nous manqué pour trouver le chemin.
Passage ensuite devant la stelle à la mémoire d’Ido Keinan, mort ici dans le blizzard un 27 juin, à 15 minutes du refuge. « So close… yet so far ».
On croise ensuite une marmite infernale qui crache de l’eau boulliante. Le machin est quand même inquiétant. On n’ose pas trop s’approcher, craignant que du trou surgisse un jet d’eau en ébulition.
Le paysage devient ensuite à nouveau grandiose. Les nuages remontent un peu et ce sont toutes les couleurs de Landmannalaugar qui nous sautent à la figure; verts, bruns, rouges, bleus, noirs… Palette sans limites d’un peintre fou.
Solfatares, lacs bleu azur ou bleu laiteux, marmites bouillonantes, cavernes de glace, obsidienne, champs de lave… A chaque virage, c’est une claque, à chaque regard c’est une nouvelle merveille, agrémentés de la musique aérienne de Pink Floyd.
…And I’ll climb.. that hill in my own way…
Arrivée à Landmannalaugar après 8 heures de marche. L’étape est l’une des plus longues (24 km, pas mal de dénivellée) mais la fin du Laugavegur et les beautés de Landmannalaugar fait passer la difficulté comme une lettre à la poste.
Un gars se balade juste avant le refuge, et nous accueille d’un « You made it ! » très chaleureux. Il nous presse de mille questions car il envisage lui aussi de parcourir le même chemin.
Drôle de sensation de débarquer dans cet espèce de cirque après 5 jours à l’écart, mais nous mettons cet embryon de civilisation pour nous rendre au tant attendu « Mountain Mall », la grande surface du coin (un vieux bus réaménagé en boutique). Nous déposons notre matériel sur la table à coté avant de nous précipiter à l’intérieur pour acheter à manger. En guise de repas, ce sera un apéro bière / cacahuètes. Je m’y reprendrais à deux fois pour la bière, puisque le premier truc que j’avais attrapé dans le rayon (une espèce d’eau sucrée aromatisée au malt) se révèlera imbuvable. Nous sommes bien sûr toujours accompagnés d’Aramis, notre quatrième mousquetaire qui s’invite à notre petite fête de fin du Laugavegur.
Petit coup de fil à Virginie, avant un probable silence radio de plusieurs jours.
Je vais voir les warden pour les prévenir de notre arrivée, et récupérer nos colis de nourriture. J’interroge aussi le ranger sur la suite de notre itinéraire. Il nous dit que la traversée de la Jokulgil ne pose aucun problème. Il nous invite aussi (et nous autorise) à camper à Hattver, et d’y aller par Skalli. Cela nous coupera l’étape en deux, car il nous déconseille de tenter Strutslaug en une journée.
Nous ferons cela, mais du coup, pour respecter notre programme, adieu la journée de repos à Landmannalaugar prévue demain.
Il nous dit aussi que le temps ne sera pas aussi pourri que prévu et que même s’il pleut, no problem pour la rivière.
Direction la douche (tellement attendue et surtout, la dernière avant quelque temps) avant d’aller barboter dans les inévitables bains chauds et surpeuplés. Impossible de passer ici sans sacrifier au bain rituel. En tout cas c’est vraiment agréable. Le summum c’est de choisir sa température en se rapprochant ou s’éloignant de la source chaude.
Retour au refuge. Philippe nous prepare des pâtes au fromage / oignons / tomates / thon. Un miracle quand l’on voit le peu de choses que l’on peut retirer du « Mountain Mall ».
La journée a été bien remplie. Nous nous installons dans le refuge et squattons une table pour étaler tout notre barda. Demain, pas de lever aux aurores, on fera la grasse, l’étape est courte. Par contre il faudra faire tenir toute la nourriture reçue dans le sac. Un vrai challenge en perspective.
Les photos du jour :
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« Le planter de bâton » ou « Le profil idéal pour un emploi à la DDE » :
Deux qui bossent (mollement), deux qui regardent.
Interviewé à TF1, Brice Boutefeux a dit: (je cite)
« Parmi ceux qui ne font rien, l’un a une excuse: il tient l’appareil photo, mais l’autre n’en a aucune, c’est un rom … »
la boisson à l’extrait de malt… so famous…
la premièrefois que j’ai pris un bain dans une source chaude, celle de laugarfell, j’avais achet une canette pour la boire à minuit sous le soleil à poil dans la dite source.
idée parfaite, sauf que moi aussi je m’étais gourré et que j’avais acheté cette immonde mixture à la place d’une savoureuse viking à 2.5°.
en tout cas, ça doit être un sacré bon remède tellement c’est mauvais. il faudrait que l’on cherche une application dérivée. ça soigne peut être de la grippe A ou de la dengue…
david
Impressionnée par toute cette beauté.
Il a été sept années depuis que mon frère Ido Keinan décédé dans un blizzard en Islande.
Un an plus tard, nous, la famille, a terminé son voyage inachevé et construit un cairn où il a été trouvé.
Nous avons également créé un site Web dans la mémoire de Ido qui a été lancée moins d’un an auparavant.
S’il vous plaît, n’hésitez pas à visiter le site: http://idokeinan.com/
Si vous trouvez qu’il est approprié, nous voudrions vous demander de mettre un lien vers le site Ido, liée à l’expression « Ido Keinan » sur cette page.
Je vous souhaite tout le meilleur,
Un grand merci,
Nir
Dear Nir,
Thanks for your message. Of course, I will put a link to your web site.
Michel
Thanks a lot and all the best,
Nir