Jour 2 : Skógar – Fimmvörðuháls (8 août)
Perfide Albion
Thórsmörk, le 9 août 2010
- 12km
- +970
La nuit permet tant bien que mal de récupérer de celle de la veille. A chaque réveil nocturne, j’ai l’impression que c’est le matin. La clarté est omniprésente, et pourtant, nous sommes en aout. Au réveil, 7° dehors, 15° « dedans ». La cascade a blanchi. Moins de fonte de neige et de glace la nuit, donc probablement moins de cendres aussi.
Petit dèj et départ après un pliage de tente sous la pluie. Philippe se mouche en clignant de l’œil (pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est un double signe de stress chez lui, Philippe déteste plier sa tente sous la pluie, c’est un gros facteur d’angoisse, mais il suit une thérapie spéciale à ce sujet). Pour se détendre, il compte les marches du sentier qui monte le long de la cascade (qui a dit « RainMan » ??). 374. Je le note. On ne sait jamais, ça peut servir dans un blog.
Le paysage croule déjà sous la cendre volcanique. Et encore, on a rien vu. La montée vers Fimmvörðuháls, c’est une succession de cascades au milieu de la verdure cendrée.
(vous pouvez passer d’une vidéo à l’autre en cliquant sur la petite flèche verticale)
Au bout de 3 heures, Ben a un coup de pompe. Étonnant, c’est le sportif de l’équipe et nous sommes toujours debout. Le manque de bière ? Déficit de moules frites ? Perspective d’une scission Flandres/Wallonie ? Aurait-il aperçu Albert II à la gay pride sur un char avec un string à pompons ?
En tout cas, il se couche par terre régulièrement en posant son sac et en poussant des râles déchirants, que même la vision d’Albert II à la gay pride ne saurait expliquer. Bon, il faut dire que Ben, il pèse même pas trois fois son sac, donc forcément, ça fait un choc de changer de poids si vite (moi je m’entraine à chaque Noël exprès). En plus le sac est mal chargé : le lourd en bas, le léger en haut, alors qu’il faut faire le contraire. Je lui dis, mais il me demande tout de suite des explications techniques. Et le, j’ai beau réfléchir, mais je ne vois pas (par contre j’ai testé et oui, il faut le lourd en haut, pas de doute là dessus). Alors, à cours d’idées, je sors l’argument massue pour couper court à toute discussion et je déclame d’une voix grave et péremptoire : « Ben, ceux qui savent font cela ».
Arrivée au refuge de Baldvinsskalli. Nous avons un doute : est-ce « le » refuge de Fimmvörðuháls où pas ? On regarde à l’intérieur, c’est vraiment crade, poisseux, plein d’humidité et l’entrée est remplie de poubelles. D’ici on aperçoit bien un autre refuge plus haut sur la crête, mais on a l’impression d’y voir à travers, comme si c’était une ruine. Je savais qu’il y en avait deux, mais je n’ai pas pris la peine de regarder si c’était le premier ou le second. Pleins d’espoir, nous reprenons la route en direction du deuxième.
La cendre crachée par l’Eyjafjalajokull, déposée sur la neige a empêché celle-ci de fondre. Mais la chaleur créée des petits puits à la surface et dessine des milliers de petits cratères dans le paysage.
Traversée d’un petit névé chiant et arrivée au vrai refuge à 15h30. Ben est HS. On lui prend son sac de force pour les derniers 100m (oui c’est pas beaucoup mais faut pas pousser quand même).
Uve (Uwe ? Huheu ?), le warden du refuge, nous accueille chaleureusement. Le refuge se remplit petit à petit. Nous faisons connaissance d’un couple, Julie et Guillaume qui vont aussi à Thorsmork. Nous les y retrouverons le lendemain.
Voila, c’est l’heure de vérité : que sont donc ces « special conditions WC » ? Le suspens est à son comble et j’interroge le gardien.
Me : « What are the special conditions WC the website talks about ? »
Uwe : « Well, you have two toilets, one for peeing and on for the poop, and you have to spread the parts. »
Mmmhh, le seul truc que je retiens vraiment (je viens juste de rattaquer l’anglais là) c’est « and you have to spread the parts », en français « vous devez éparpiller les morceaux ». Waah, je me vois d’ici, courant dans le vent sur la crête en « spreadant the parts », perspective pas super engageante surtout qu’il y a pas mal de vent ce soir. Donc pour être sûr avant de passer pour un psychopathe auprès des autres hôtes du refuge, je vais quand même vérifier sur place.
En fait il y a deux cuvettes, une pour le pipi, et une autre pour le popo. Soulagement. En fait, par « spread the parts », il entendait séparer les composants dans les toilettes appropriées. Comme ils stockent tout dans des « caca box » (nom officiel) qu’ils descendent dans la vallée au printemps en motoneige, il séparent l’urine pour éviter la fermentation des containers.
Pas besoin donc de battre la campagne en jetant ses excréments aux quatre vents.
D’ailleurs, une théorie circule prétendant que l’Eyafjallajökull n’était pas une éruption volcanique, mais une cacabox mal triée de Fimmvorduhals. A vérifier tout de même.
Sans transition, repas copieux (impossible de finir la tajine lyophilisée), suivi d’une petite balade au soleil couchant, sous une lumière incroyable. L’Eyjafjallajökull crachote quelques nuages de fumée à peine visibles.
Au retour, il fait très chaud dans le refuge à cause de la cuisine. Ça ne va pas être simple de dormir dans un duvet -10° par cette température…
Opération tarot avec Julie et Guillaume. Philippe débute mais s’en sort plutôt pas mal.
Le gîte est maintenant envahi par une troupe d’anglais. J’entends au passage le prénom d’une membre du groupe : Mary. Retenez le aussi ça aura son importance pour la suite. Philippe récupère son lit tant bien que mal (un anglais était assis dessus pour manger) et direction le lit. Un des anglais du groupe conte ses nombreux exploits, tandis que ses auditeurs se gavent de crème anglaise sous nôtre nez. Perfide Albion. Boules quiès.
Les photos du jour :
PS : Si vous tenez à essayer de prononcer Fimmvörðuháls, Wikipédia peut vous aider.
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Last modified 3 février 2012





Après lecture de ces 2 premiers épisodes, si les uns ne sont pas au bout de leurs peines, moi, je ne suis pas au bout de mes rires !
Paysages fantastiques et récit captivant.
Vivement la suite de ce récit « feuilletonné ».
Je propose de remplacer le vocable « motoneige » par « motocrotte ».
A part cela, très beau le refuge au soleil couchant et très esthétique la photo de la neige cendrée.
Ah, la cendre omniprésente ! Imaginez que deux cicognes de mes amies (oui, ben j’habite l’alsace tout de même!) sont revenues d’Islande ces jours-ci. Vous, ne le croirez pas, mais elles font maintenant un dédoublement de personalité. Elles prétendent être des hérons cendrés !
A demain pour l’étape suivante !
Je suis suspendue au recit.
Mais le parcours m’a l’air plus difficile et le passage des neves me « glace ».
le refuge est Hitchcockien….J’attends ce que va faire Mary?? C’est bcp mieux que « plus belle la vie »!!!